• Ma bonne vieille montre à gousset me rappelle soudainement qu'il est minuit. A cette heure-ci,  je ne devrais pas croiser du monde. Pourtant la Grande-Place de Bruxelles est animée. Les gens vont et viennent, les femmes sont joyeuses et les hommes un peu étourdis. Je ne sais où donner de la tête et tourne sur moi-même jusqu'à aperçevoir un café dont le nom me semble familier. "La petite cave". Plus je m'avance vers lui , plus je m'aperçois qu'il est bondé. Les gens se pressent comme des sardines pour aperçevoir quelque chose. Une silouhette se détache de cette masse sombre. Soudain, une femme s'avance : 
    -Santé les amis, en espérant que cela soit le film du siécle! Bien que jouer une femme extravertie eut été difficile...

    Un homme la prends par les épaule, comme pour l'encourager et fait claquer son verre contre celui de le jeune femme. Elle lui sourit allégrement 

    -Allez tout le monde , on lève son verre pour notre chére Audrey! A Audrey Hepburn!


    Tout les gens présents lèvent leurs verres et trinquent. Je lève moi aussi mon verre...inexistant. Je m'empresse de réflechir un peu. La machine me fait souvent des tours et voulais que l'affiche me montre déjà un indice sur le pourquoi de ma destination. J'aurais dû m'en aperçevoir plus tôt. Or, quand on est comme moi , on a trop de choses qui nous viennent à l'esprit pour s'amuser à trier. Je vide mon esprit et me concentre sur cette grande actrice. Elle est jeune, environ 30 ans, et sa beauté est époustouflante. Il faut que je me calme. Son mari ne me connait pas. Malgré cela, je m'approche d'elle, la félicite et la complimente sur son film. L'homme qui la tient par le bras me regarde d'un air sombre, il doit s'agir de son époux. Je lui sourit et me tourne vers Audrey. Mentalement, je m'adresse à elle:

    -Bonjour Edda
    Elle me regarde, interloquée. Elle pose son verre, dit quelque chose à son mari et part avec moi vers le milieu de la place. Je me retrouve enfin seul avec elle. 

     

    Soudain, elle s'arrette et se plante en face de moi. Elle me dévisage longuement jusqu'à ce qu'elle se décide à parler. Sa voix était pleine d'ironie. 

    -Qui a l'honneur de connaître mon vrai prénom? Peu de personnes m'appellent Edda.

    -Ne t'en fais pas, je ne l'ai dit à personne. J'arrive incognito.

    Je regarde le ciel et cherche la constellation d'Artémis. Pendant ces quelques minutes , Audrey regarde dérrière elle, et voyant que son mari buvait un verre avec une parfaite inconnue, s'adresse à moi par un moyen qui m'éttonne fortement:
    -Quel dommage, Dean, que tu ne restes pas.

    Je la regarde avant qu'elle n'aie fini sa phrase et je m'aperçois que ses lévres n'ont pas bougé. Malgré toutes les questions que j'ai à lui poser, je m'étonne moi-même de lui répondre:

    -Tu est vraiment MY fair Lady, Audrey...

     

    Edda rougit et me dévisage. Je ne m'attendais pas à ce que nos vieux souvenirs reviennent si vite à la surface.

    -Tu es toujours aussi belle. Ces humains ne le savent pas et ne le sauront jamais

    Elle pose sur moi un regard à la fois doux et interrogateur. Ses grands yeux bruns me fixent.
    -N'exagère pas voyons. Tu sais pourtant très bien que je ne ressemble pas du tout à cette humaine. Mais il faut avouer que je suis quand même bien tombée.

    -Tu sais pourquoi la machine ma amené ici. C'est que tu as quelque chose à me dire. Où alors je suis arrivé trop tôt dans ta vie..
    -Non ce n'est pas ça Dean. Effectivement je dois te parler mais pas ici. Mon mari va s'inquièter. Demain à midi je prétexterais un rendez-vous avec un producteur et on se retrouvera. D'accord?
    Inquiet et perplexe. J'accepte...


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  •      La machine commence à faire des siennes. Avec ses caprices incessants, je suis allègrement secoué dans tout les sens. Me tenant fermement au levier, le souffle me manque et j'ignore tout de ma destination. Haletant, un coup d’œil vers le compteur m'indique "4 mai 1929" et comme d'habitude, ne m'affiche pas le lieu. Ces derniers temps, le localisateur est en panne et seul mon supérieur peut le réparer. Encore faut-il le croiser. Fort heureusement, ma caméra externe me permet de voir tout ce qu'il se passe. De statue grecque, ma machine devient un confessionnal pour terminer sur une affiche publicitaire. D'abord floue, l'affiche devient de plus en plus nette.

         Mais ai-je à peine le temps de jeter un œil qu'un soubresaut suivi d'un tremblement m'indique que j'ai atterri. Un mauvais pressentiment m'envahit. Le temps de me ressaisir et de me relever, le compteur s'affole, la caméra change d'angle. L'affiche devient nette et je peux distinguer "Diamants sur canapés". Un large sourire étire mes lèvres et je ne peux m'empêcher de m'imaginer assis, dans la salle obscure, en train de siroter du soda et de grignoter des popcorns tout en regardant un bon film.  La date me confirme que nous avons changé d'année : "17 janvier 1962". Avec espoir, je tapote le localisateur tout en sachant que cela était inutile.

         Le temps de me retourner, un "crac" sonore me surprend. Le localisateur s'affole et affiche "Bruxelles, Belgique". Est-ce un miracle ou ma machine a envie de rire de moi? Je coupe le moteur,retire ma clef et jette un dernier regard sur le compteur. La date ne change pas, j'ai donc bien atterris et ne bougerais pas de sitôt. Seulement, mon costume d'aventurier du XVIIIe siècle risque de dénoter. Un costard-cravate fera l'affaire; c'est pratique d'avoir ce costume passe-partout valable dès la fin du XIXe siècle. Une fois mon costume enfilé, je m'aperçois qu'il est quelque peu serré et me fait penser que je devrais arrêter de tomber sur des banquets romains... 

     

         Je sors, fier comme un paon, et, une fois porte close, me retourne. Une fois fermée, il n'y a que moi qui puisse ouvrir ma machine. J'ai pris cette précaution depuis qu'un enfant du XXIeme siècle a cru que ma machine était une borne d'arcade. Il avait commencé à bidouiller mes boutons et c'est depuis ce jour que je n'arrive pas à déterminer avec certitude mon atterrissage. Maintenant, plus personne ne peut la voir, ni se rendre compte qu'elle la touche. On est jamais trop prudent, un "collègue" pourrait s'y aventurer et tout trafiquer ou pire: me la voler et me laisser coincé à une époque! Face à l'affiche que j'observe longuement, je me retourne après avoir ajusté ma cravate et ce que je vois est superbe : je me trouve sur la Grand-Place de Bruxelles et devant moi s'élève son Hôtel de ville! 

     

     

     

     


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